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10 termes à connaitre pour parler avec son expert comptable

Finance stratégique & pilotage

La finance n’est pas qu’une affaire de conformité ou de déclaration fiscale. Elle est le langage de la performance et le socle de la stratégie d’entreprise.

Pour le dirigeant, comprendre les états financiers ne signifie pas se substituer à l’expert-comptable. Cela signifie transformer des données brutes en leviers de croissance et en outils d’aide à la décision.

L’objectif de cet article est de dépasser la simple définition des termes comptables pour en explorer les implications stratégiques, en ciblant les indicateurs clés qui guident la gestion et l’investissement.

1. Le bilan comptable : radiographie de la structure financière

Le bilan comptable est une photographie de la situation patrimoniale de votre entreprise à un instant donné. Il exprime l’équation fondamentale suivante : actif = passif + capitaux propres.

Pour le dirigeant, son analyse se concentre sur deux axes majeurs : la solvabilité et la liquidité. Il s’agit de vérifier à la fois la solidité de la structure financière et la capacité de l’entreprise à faire face à ses engagements à court terme.

Solvabilité

Capacité à honorer les dettes à long terme.

Liquidité

Capacité à faire face aux échéances de court terme.

Rentabilité des actifs

Mesure de la performance de l’ensemble des ressources.

L’actif : le potentiel d’action

L’actif regroupe tout ce que l’entreprise possède : biens, droits et liquidités. Il se divise en deux grandes catégories.

  • Actif immobilisé : biens destinés à servir durablement l’activité, comme les terrains, les machines ou les brevets. La politique d’investissement dans ces immobilisations, souvent appelée CAPEX, reflète l’ambition stratégique à long terme de l’entreprise.
  • Actif circulant : éléments liés au cycle d’exploitation, comme les stocks, les créances clients et la trésorerie. La gestion de cet actif est cruciale pour l’efficacité opérationnelle.

L’indicateur clé associé est le retour sur actifs (ROA), qui mesure la rentabilité générée par l’ensemble des ressources de l’entreprise.

Le passif : les ressources et les engagements

Le passif rassemble les ressources qui ont permis de financer l’actif. Il est essentiel de distinguer la nature de ces ressources.

  • Capitaux propres : richesse nette de l’entreprise composée du capital social, des réserves et des bénéfices non distribués. Ils représentent la marge de sécurité et le financement stable.
  • Dettes : obligations envers les tiers, comme les fournisseurs, les banques ou l’État. La dette doit être vue comme un levier stratégique dont le coût doit être maîtrisé.

Un ratio fondamental est le ratio d’autonomie financière, calculé comme suit : capitaux propres ÷ total du passif. Un ratio élevé indique une forte indépendance financière et une meilleure capacité à absorber les chocs économiques.

Idée-clé

Un bilan solide combine des actifs productifs bien utilisés et un niveau de capitaux propres suffisant pour soutenir la croissance et absorber les aléas.

2. Le compte de résultat : le récit de la performance

Le compte de résultat retrace l’activité économique sur une période donnée et révèle si l’entreprise a généré un bénéfice ou une perte. Contrairement au bilan, il est dynamique et permet d’analyser la rentabilité et la performance opérationnelle.

Les soldes intermédiaires de gestion (SIG)

Pour le dirigeant, le résultat net n’est que la conclusion. L’analyse stratégique passe par la décomposition du résultat en soldes intermédiaires de gestion, qui permettent de localiser les sources de performance.

  1. Marge commerciale : pour les activités de négoce, elle mesure la performance des achats et des ventes.
  2. Valeur ajoutée : richesse créée par l’entreprise elle-même après consommation des achats externes.
  3. Excédent brut d’exploitation (EBE) ou EBITDA : flux de trésorerie potentiel généré par l’activité principale, avant impôts, amortissements et charges financières. Il constitue l’indicateur de la performance opérationnelle pure.
  4. Résultat d’exploitation (EBIT) : EBE diminué des amortissements et des provisions. Il mesure la performance industrielle et commerciale.
  5. Résultat net : bénéfice final après prise en compte des éléments financiers, exceptionnels et de l’impôt.

Le ratio de marge nette, calculé comme bénéfice net ÷ chiffre d’affaires, est l’indicateur ultime de la profitabilité. Il montre le pourcentage de chaque euro de vente qui se transforme en profit.

Lecture dirigeant

L’enjeu n’est pas seulement de savoir si l’entreprise gagne de l’argent, mais de comprendre d’où vient la performance et à quel niveau de la chaîne de valeur elle se crée ou se détruit.

3. Le besoin en fonds de roulement : l’impératif de trésorerie

Le besoin en fonds de roulement, ou BFR, est l’indicateur critique pour la gestion quotidienne et la survie de l’entreprise. Il mesure le besoin de financement généré par le décalage entre les décaissements et les encaissements.

La formule est la suivante.

BFR = stocks + créances clients − dettes fournisseurs

Un BFR positif signifie que l’entreprise doit financer elle-même son cycle d’exploitation, ce qui consomme de la trésorerie. Un BFR négatif, fréquent dans la grande distribution, signifie que les fournisseurs financent l’exploitation, libérant de la trésorerie.

Les leviers d’optimisation du BFR

L’optimisation du BFR est une stratégie de cash durable pilotée par trois indicateurs clés.

Indicateur Définition Levier stratégique
DSO (Days Sales Outstanding) Délai moyen de paiement des clients. Réduire les délais de paiement, améliorer le recouvrement, négocier des solutions de financement comme l’affacturage.
DPO (Days Payable Outstanding) Délai moyen de paiement des fournisseurs. Négocier des délais de paiement plus longs sans dégrader la relation fournisseur ni la qualité de service.
DIO (Days Inventory Outstanding) Délai moyen de rotation des stocks. Optimiser la gestion des stocks avec des approches de flux tendus ou de juste-à-temps pour minimiser le capital immobilisé.

La réduction du BFR libère des fonds qui peuvent être réinvestis dans la croissance, la recherche et le développement ou la réduction de la dette. Sa maîtrise constitue un enjeu stratégique majeur.

Cash is king

Une entreprise rentable peut pourtant se retrouver en difficulté si son BFR est mal maîtrisé. La trésorerie reste le carburant indispensable du projet d’entreprise.

4. Concepts comptables à impact stratégique

Certains concepts, souvent perçus comme purement techniques, ont des répercussions directes sur la stratégie et la valorisation de l’entreprise. Bien compris, ils deviennent des leviers de pilotage puissants.

Les capitaux propres et le ROE

Les capitaux propres sont la garantie des créanciers et la base de la valeur actionnariale. Ils représentent les fonds apportés par les associés et les bénéfices conservés.

Le retour sur capitaux propres (ROE), calculé comme bénéfices ÷ capitaux propres, est l’indicateur de référence pour les actionnaires. Il mesure la rentabilité des fonds qu’ils ont investis. Un ROE élevé est un signal fort de création de valeur.

L’amortissement : un levier fiscal et de financement

L’amortissement traduit la perte de valeur des immobilisations au fil du temps. Il s’agit d’une charge calculée qui réduit le résultat imposable sans entraîner de décaissement.

L’amortissement contribue directement à la capacité d’autofinancement (CAF), qui est la ressource interne générée par l’activité pour financer les investissements futurs. Le choix de la méthode d’amortissement, linéaire ou dégressif, est une décision de gestion qui impacte le profil du résultat et la fiscalité.

La provision : gérer l’incertitude

Une provision est une charge enregistrée pour couvrir un risque futur probable, comme un litige, une garantie ou une dépréciation. Elle illustre l’application du principe de prudence.

Pour le dirigeant, la provision permet de rendre les comptes plus réalistes en anticipant les pertes potentielles. Elle évite un optimisme trompeur du bilan et permet de mieux mesurer la performance réelle.

Le compte courant d’associé

Le compte courant d’associé, ou CCA, est un outil de financement flexible qui permet aux associés de prêter temporairement des fonds à l’entreprise. Il s’agit d’une dette de l’entreprise envers l’associé et non d’un apport définitif en capital.

Le CCA offre une solution rapide pour répondre à un besoin de trésorerie ponctuel. Il doit cependant être géré avec rigueur pour éviter les conflits d’intérêts, les retraits non anticipés ou les problèmes de requalification fiscale.

Conclusion : du chiffre à la décision

Le chiffre d’affaires est le reflet de l’activité commerciale, mais il ne dit rien de la rentabilité. Un dirigeant doit toujours le lire en complément des indicateurs de marge et de performance, comme l’EBITDA ou le résultat net.

En maîtrisant les concepts clés et les ratios associés, le dirigeant passe du statut de simple spectateur à celui de pilote. Les échanges avec l’expert-comptable deviennent des dialogues stratégiques, centrés sur l’interprétation des tendances, l’identification des gisements de performance et la validation des trajectoires d’investissement.

La finance, ainsi comprise, devient le tableau de bord indispensable pour naviguer vers une croissance durable et cohérente avec le projet d’entreprise.


10 termes à connaitre pour parler avec son expert comptable
Le Pavillon Des Entreprises, Franck GAUTIER 17 mars 2022
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